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Mayotte en feu : 30 hectares détruits, le brûlis agricole pointé du doigt

L’archipel de Mayotte fait face à une crise environnementale sans précédent. Depuis le week-end dernier, les soldats du feu mènent un combat acharné contre des incendies qui dévorent la végétation sur plusieurs fronts simultanés. Une situation alarmante qui révèle les failles d’un système de prévention défaillant et les conséquences d’une pratique agricole interdite mais toujours persistante.

Des pompiers mobilisés sur tous les fronts

Depuis samedi, une soixantaine de pompiers sont déployés pour contenir les flammes qui ravagent plusieurs secteurs de l’île. Les municipalités de Bouéni, Dapani, Bandrélé et le Mont Bénara sont particulièrement touchées par ces sinistres simultanés.

Le bilan provisoire fait état de près de 30 hectares détruits par les flammes. Un chiffre qui ne cesse d’augmenter tant que les foyers actifs ne seront pas totalement maîtrisés.

Des moyens déployés mais insuffisants

Pour venir à bout de ces incendies, les autorités ont mis en place un dispositif d’envergure. Deux camions-citernes spécialisés dans la lutte contre les feux de forêt ont été acheminés sur place, accompagnés d’un hélicoptère bombardier d’eau loué spécialement pour l’occasion.

Une équipe équipée de drones a également été déployée pour repérer les départs de feu et guider les interventions terrestres. Malgré ces équipements, les pompiers se heurtent à des difficultés importantes.

L’accès aux zones d’incendie demeure problématique pour les véhicules et les équipements lourds. Les secours évoquent un manque cruel de moyens pour faire face efficacement à cette multiplication des foyers.

Le brûlis agricole : un fléau persistant

Les enquêtes menées sur l’origine de ces incendies pointent du doigt une pratique ancestrale mais aujourd’hui interdite : le brûlis agricole. Cette technique consiste à mettre le feu à la végétation pour fertiliser ou défricher des terres.

Selon les autorités, 80% des feux récents seraient directement causés par cette pratique illégale. Les « occupations illicites » et les « défrichements sauvages » sont également évoqués comme facteurs aggravants de la situation.

Antoy Abdallah, agriculteur local, met en lumière une réalité économique complexe. Il souligne le manque d’alternatives viables au brûlis pour les exploitants qui peinent à trouver d’autres moyens de subsistance. Une amélioration des pratiques est néanmoins observée chez les exploitants agricoles déclarés.

2025 : une année record et catastrophique

Les chiffres communiqués par la préfecture sont sans appel : en 2025, ce sont déjà 288 hectares qui sont partis en fumée, établissant un triste record pour l’archipel.

Cette explosion des surfaces brûlées contraste violemment avec les années précédentes. En 2024, seulement 14 hectares avaient été touchés, contre 24 en 2023. La multiplication par vingt du phénomène en l’espace d’un an témoigne d’une dégradation spectaculaire.

Les séquelles du cyclone Chido

Cette situation catastrophique trouve en partie son origine dans le passage du cyclone Chido fin 2024. Cet événement climatique majeur a endommagé 85% des forêts publiques de Mayotte, fragilisant considérablement l’écosystème.

Les arbres affaiblis et les débris végétaux accumulés ont créé un terrain propice à la propagation rapide des flammes, transformant l’archipel en poudrière végétale.

Des mesures de prévention jugées insuffisantes

Face à l’ampleur du phénomène, les autorités ont mis en place une sous-commission dédiée aux feux de forêt, directement pilotée par le préfet. Cette instance vise à coordonner les efforts de prévention et d’intervention.

La préfecture, en collaboration avec l’Office national des forêts (ONF) et la Direction de l’alimentation, de l’agriculture et de la forêt (Daaf), mène des campagnes de sensibilisation continues auprès de la population.

Sur le plan juridique, la législation prévoit des poursuites judiciaires pour les contrevenants pris en flagrant délit de brûlis ou de défrichement illégal. Cependant, les interpellations restent insuffisantes pour endiguer efficacement le phénomène.

Les observateurs s’accordent à dire que sans une approche globale intégrant accompagnement économique des agriculteurs et répression accrue des pratiques illégales, Mayotte risque de connaître d’autres saisons dramatiques.

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